Production

Soulèvement

Un conte documentaire de Chloé Blondeau

Work in progress saisonnier entrepris en 2014, sous la forme d’une enquête bricolée sur les lieux de survivance des mascarades d’hiver dans l’arc Alpin pour y trouver une figure archétypale récurrente : le Sauvage.

Rien ne s’est passé comme prévu et les rencontres successives sont devenues terrain de je(u).

Je n’approche pas le Sauvage (celui qui l’incarne), je me présente spontanément à lui en plein carnaval, telle une hallucination, un fantôme avec une caméra et un micro. La caméra est un déguisement : elle ne laisse paraître de moi que mon intérêt, une tension vers l’extérieur. Le Sauvage ne peut deviner mon origine sociale, il ne comprend souvent pas mon prénom et parle rarement l’anglais, sous mon bonnet il ne voit même pas ma coiffure. Je demande comme je peux la permission de le suivre. Immanquablement il accepte.

Immergée dans la procession j’essaye de comprendre et de respecter les règles du jeu : boire en quantité, recevoir les grivoiseries, me faire chahuter, renverser et mâchurer (recouvrir le visage de suie à la main). Encaisser les coups de fouets – maîtrisés mais pas simulés – qui initient l’implication des « spectateurs ». Les Sauvages sont robustes, paillards, inconvenants, sales, espiègles et brutaux, jusqu’au moment de leur domestication, jouée rituellement ou symbolisée, célébrant la soumission de la bête et la contention de la violence. Début ou fin de la fête.

 

À maintes reprises j’ai essayé de capturer ce crescendo sans point d’orgue qu’est la procession, inlassablement guetté un point de bascule.

L’histoire a vu des moments carnavalesques déboucher sur des révoltes paysannes, que pourrait-il advenir aujourd’hui ? Où nous mènerait un débordement ? J’ai pu capturer quelques épiphanies mais aucun soulèvement. Le Sauvage est rasé rituellement et l’hiver s’ouvre sur un printemps.

De retour parmi les miens, je continue de chercher les signes d’un soulèvement, d’une insoumission – À quoi, qui, donc ? Au printemps, aux rasoirs, au domestique – et aborde un travail de montage qui tente un dialogue entre les sauvages de là-bas et les proches d’ici,en quête des marges de l’altérité en spectacle.

Cartes blanches

« Ramener le silence, c’est le rôle des objets »

Molloy. Samuel Beckett

Un cadavre exquis à sa manière, proposant à qui le souhaite 30 mètres de pellicule pour dérouler une proposition, un jeu, une histoire muette en lien avec un objet.

Il s’agit avant tout de se retrouver, autour d’une caméra. « Le temps possède des qualités différentes lorsque la caméra est en mouvement et lorsqu’elle s’arrête » (Sergueï Loznitsa). Ces qualités sont d’autant plus perceptibles, peut-être, lorsque le principal objet du film est de s’y initier.

 

#1. Un billet de dix

 

Une première collaboration pour lancer le labo.

Attention, jeunes mirettes, ce film contient des images pornographiques.

  • Réalisation : Tom Lebaron-Khérif
  • Image : Chloé Blondeau
  • Jeu : Elliot Dadat

 

 

 

 

 

#2. Un harmonica

 

Une balade matinale de Simon Poëtte.

Image : Chloé Blondeau

 

 

 

Avant-programme

Des petits films avant les grands, présentés au cinéma le Videodrome 2 / Mars City, et ailleurs…

#1. Ronde de Nuit

Un traquenard réalisé avec une caméra Bell & Howell KF4 (caméra minuscule de reportage utilisées pendant la guerre du vietnam), pour introduire un cycle de cinéma policier français présenté en Février 2019 par Tom Lebaron-Khérif.

#2. Bleu vent

«C’étaient de très grands vents sur la terre des hommes — de très grands vents à l’œuvre parmi nous Qui nous chantaient l’horreur de vivre, et nous chantaient l’honneur de vivre, ah ! nous chantaient et nous chantaient au plus haut faîte du péril, Et sur les flûtes sauvages du malheur nous conduisaient, hommes nouveaux, à nos façons nouvelles.» Saint-John Perse, Œuvre Poétique, tome 2, Vents, Gallimard

Un fragment expérimental, un film sans image pour lequel nous avons utilisé différents morceaux de pellicule vidée de son émulsion, de support brut trouvé dans un garage. Nous l’avons exposé à la poussière pour le recouvrir de colle blanche, de laque, de coups de cutter. Jouer du principe primordial du cinéma : le défilement de la pellicule devant la lumière du projecteur. Après passage dans un scanner, l’image a été retournée afin que le défilement habituel devienne horizontal…pour créer un énigmatique courant d’air. Un cycle présenté en octobre 2019 par Antoine Langé : «Mémoires sauvées du vent».

 

#3. Kino Climates

Rotterdam janvier 2020.

Une boucle créée en collaboration avec Peter Hoffmann, du Kino im Sprengel, Hanovre, à l’occasion d’une rencontre de Kino CLimates, réseau de cinémas  indépendants européens. Lors de l’IFFR 2020, dans la cale d’un bateau, nous avons mêlé les images souvenirs de nos cinémas respectifs …